Levées · BioTech / matériaux de construction
Visibuilt lève 3,34 M€ en Seed pour paver les routes avec du mycélium plutôt que du pétrole
Une biotech danoise qui développe visiBINDER, un liant cultivé à partir de mycélium pour les applications de revêtement routier et d'infrastructure — conçu pour remplacer les liants bitumineux fossiles qui contribuent au carbone incorporé des routes.
“Boucler ce tour d'amorçage est une étape importante pour Visibuilt. Il nous permet de faire mûrir notre plateforme technique, de valider notre solution à plus grande échelle et de franchir les prochaines étapes vers le marché.”
Visibuilt, biotech danoise fondée en 2022 par Line Kloster Pedersen (PDG) et Oleksii Rebrov, a levé 3,34 millions d'euros (25 millions de couronnes danoises) dans un tour d'amorçage co-mené par EIFO et Unconventional Ventures, avec Proptechfonden comme nouvel investisseur et EMDFonden en suivi. Les fonds financeront les tests et la validation à plus grande échelle, un dispositif de production pour des essais à l'échelle commerciale, et la croissance de l'équipe.
Des routes cultivées en champignonnière
Le produit de la société, visiBINDER, est un liant cultivé à partir de mycélium — le réseau racinaire des champignons — conçu pour remplacer le bitume d'origine pétrolière qui agglomère les granulats en asphalte et constitue le revêtement des chaussées, trottoirs et infrastructures.
Le bitume n'est pas un intrant anecdotique. C'est un produit direct de raffinage du pétrole brut, utilisé en quantités considérables dans la construction et l'entretien des routes. Le réseau routier européen est constamment maintenu et reconstruit ; chaque tonne d'asphalte neuf intègre une fraction de bitume qui porte le carbone incorporé de son origine pétrolière. Remplacer ce liant par un équivalent d'origine biologique est le marché que cible Visibuilt.
« Boucler ce tour d'amorçage est une étape importante pour Visibuilt », explique Pedersen. « Il nous permet de faire mûrir notre plateforme technique, de valider notre solution à plus grande échelle et de franchir les prochaines étapes vers le marché. »
Les matériaux en mycélium ont déjà été commercialisés dans des applications adjacentes. Ecovative, le pionnier américain, a ouvert un marché dans la mousse d'emballage et les alternatives au cuir — des contextes mécaniquement peu exigeants. Le revêtement routier est une autre catégorie : une chaussée doit supporter la compression des charges de circulation, la dilatation thermique selon les saisons et les contraintes répétées du gel-dégel. La fonction première du tour d'amorçage est de déterminer si visiBINDER en est capable.
La thèse d'Unconventional Ventures
Thea Messel, associée directrice d'Unconventional Ventures, a accompagné l'argument environnemental d'une affirmation précise sur le modèle économique : « Chaque tonne de visiBINDER posée dans une application de revêtement déplace une tonne de liant fossile, génère des revenus de redevance et réduit le carbone incorporé de l'infrastructure dans laquelle elle est intégrée. »
La structure de redevance est notable. Si Visibuilt licencie le matériau plutôt que de le fabriquer à grande échelle, le modèle économique est léger en capital et défendable une fois la propriété intellectuelle établie — mais il dépend de la capacité à faire adopter la formulation par les entreprises de travaux routiers, qui sont des adopteurs technologiques profondément conservateurs, aux cycles d'achat longs et aux processus d'homologation stricts.
Sara Sande d'EIFO a formulé l'argument de marché sans détour : « La production de béton et d'asphalte figure parmi les plus grandes sources d'émissions de CO₂ à l'échelle mondiale. Pour réduire véritablement les émissions, il faut de nouvelles solutions dans les industries lourdes. » La composition du tour — EIFO (industries vertes), EMDFonden (transition des matériaux danois), Proptechfonden, Unconventional Ventures — dessine un pari collectif délibéré sur les matériaux de construction durables comme prochaine vague de la transition matériaux, après le stockage d'énergie et l'emballage.
Le test des dix-huit mois
La tâche immédiate est la validation des performances : démontrer que visiBINDER résiste aux conditions réelles de revêtement et aux températures, à une échelle et une régularité suffisantes pour être commercialement crédible. Aucun marché d'infrastructure ne se gagne rapidement ; les agences de voirie et les entreprises de BTP exigent une preuve sur plusieurs saisons avant de référencer un nouveau liant.
Si la preuve de performance est apportée, Visibuilt se heurtera au défi de l'accès au marché : qui décide de ce qui entre dans un revêtement routier, et comment l'atteindre ? La commande publique d'infrastructure passe généralement par des appels d'offres et des listes de matériaux homologués. La voie commerciale de la société dépend de son inscription sur ces listes — un processus qui, même avec un produit réussi, prend plus de dix-huit mois. La piste de financement Seed achète le temps de l'engager.
Sources
- 01Mycelium-based paving material developer Visibuilt raises €3.34M out of Denmark — EU-Startups
- 02Visibuilt raises €3.3M from EIFO and Unconventional Ventures to grow roads from fungi — Tech Funding News
- 03Danish biotech firm Visibuilt raises €3.3M Seed funding for mycelium-based paving materials — Mainsights
- 04Visibuilt raises 25 million Danish kroner to bring bio-based binders closer to market — TechSavvy
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