ProYarn

Levées · Cleantech / matériaux de construction

NeoCem lève 17 M€ pour porter son liant bas-carbone à 200 000 tonnes par an

Startup nordiste fondée en 2021 qui produit NeoFlash, un liant cimentaire à base d'argile calcinée réduisant les émissions de CO₂ jusqu'à 90 % par rapport au clinker conventionnel, sans modifier les équipements des clients en aval.

Rédaction ProYarn · Lire ceci en anglais
in𝕏
Décarboner le ciment est l'un des défis industriels majeurs de notre génération ; le relever aux côtés d'un investisseur engagé et de long terme change la donne.
Benjamin ConstantPDG, NeoCem

NeoCem, startup nordiste fondée en 2021 par Christophe Deboffe (président) et Benjamin Constant (PDG), lève 17 millions d'euros auprès de Crédit Mutuel Impact, via son Fonds Révolution Environnementale et Solidaire. L'objectif est explicite : porter la capacité de production de l'usine de Saint-Maximin (Oise) à 200 000 tonnes par an de NeoFlash.

NeoFlash est un liant cimentaire à base d'argile calcinée — argile cuite à basse température — qui se substitue au clinker dans la fabrication du ciment. Le clinker concentre l'essentiel de l'empreinte carbone du ciment : sa production exige de chauffer du calcaire à environ 1 450 °C, libérant du CO₂ à la fois par combustion et par décomposition chimique du carbonate de calcium. L'argile calcinée opère à des températures significativement inférieures, et sa matière première ne porte pas les mêmes émissions de décomposition. NeoCem revendique une réduction du CO₂ jusqu'à 90 % par rapport au clinker standard, sans compromis sur les performances techniques — résistance, prise, durabilité — et sans modifier les équipements des clients. NeoFlash est conçu comme un substitut direct au niveau du liant, non comme une réinvention de la filière de construction.

Pourquoi la décarbonation du ciment stagne

Le ciment représente environ 8 % des émissions mondiales de CO₂ — plus que l'aviation — et son problème carbone est bien identifié depuis des décennies : la cuisson du clinker produit un CO₂ que l'efficacité des procédés ne peut pas supprimer seule. Le progrès est lent, non parce que la chimie est contestée, mais parce que l'économie du passage à l'échelle est impitoyable. Une nouvelle chimie liante doit être démontrée à des dizaines de milliers de tonnes avant de pouvoir être comparée au clinker sur le coût, lequel est produit à l'échelle mondiale par milliards de tonnes par an, avec des décennies d'investissements amortis derrière lui.

NeoCem intervient précisément là où se concentre le passif carbone du ciment. L'argile, matière première abondante et domestique, est disponible en France en quantités suffisantes. La société exploite une unité de production à Saint-Maximin (Oise) et son siège est établi dans l'agglomération lilloise.

Un investisseur de long terme, pas un capital-risqueur

Le Fonds Révolution Environnementale et Solidaire, géré par Crédit Mutuel Impact, n'est pas un fonds de capital-risque. C'est un fonds d'impact adossé à une banque mutualiste, dont l'horizon de rentabilité correspond aux cycles décennaux de la construction. Seul nouvel investisseur de ce tour — les actionnaires existants Rev3 Capital, Nord France Amorçage, Finorpa et CB Green maintenant leurs positions —, sa présence exclusive reflète un choix délibéré : capitaux patients, non croissance à tout prix.

« Décarboner le ciment est l'un des défis industriels majeurs de notre génération ; le relever aux côtés d'un investisseur engagé et de long terme change la donne », déclare Benjamin Constant. Nadia Bouzigues, directrice générale de Crédit Mutuel Impact, estime que NeoCem a « développé une solution décarbonante et compétitive pour faire progresser l'une des filières industrielles les plus émissives du pays ».

Le tour précédent — environ 23 millions d'euros — avait financé le développement de la chimie et la montée en capacité initiale de Saint-Maximin. Ce tour de 17 M€ est exclusivement consacré à la montée en volume de la production. La question à dix-huit mois : les coûts unitaires se ferment-ils à 200 000 tonnes par an pour rendre NeoFlash compétitif contre le clinker sur le prix, et non seulement sur le carbone — condition nécessaire pour déclencher les contrats d'approvisionnement qui rendraient la prochaine phase de croissance autofinancée ?

Sources

  1. 01NeoCem lève 17 M€ pour accélérer le déploiement de sa technologie — Crédit Mutuel (communiqué de presse)
  2. 02Ciment bas carbone : NeoCem lève 17 millions d'euros pour accélérer son développement — La Voix du Nord
  3. 03Les startups françaises ont levé 56 millions d'euros la semaine dernière — Maddyness

Relié à cet article

Chaque levée européenne, dans votre boîte avant 8h.

Les tours seed et Série A du jour en France et en Europe — reliés, sourcés, lus en deux minutes. Gratuit.

Double opt-in. Un seul email de confirmation. Désabonnement à tout moment.