Levées · IA physique / Robotique
Microagi lève 55 M$ — le plus grand tour Seed d'Allemagne — pour construire la couche de données des robots industriels
Une startup munichoise qui déploie des ingénieurs équipés de caméras frontales dans des usines et des foyers pour capturer des données opérationnelles en première personne, qu'elle intègre ensuite dans des modèles de robotique afin de rendre la prochaine génération de robots humanoïdes compétente en environnement industriel.
“En soixante ans, nous avons beaucoup délocalisé vers l'Est, et il y a des compétences que nous n'avons jamais vraiment maîtrisées en Europe. Nous avons perdu notre capacité à produire en interne, et avec elle, notre compétitivité-prix.”
Microagi, startup munichoise fondée il y a une dizaine de mois par deux anciens ingénieurs de Formule 1 — Bercan Kilic (PDG, ex-aérodynamique chez Red Bull Racing) et Nico Nussbaum (directeur technique) —, lève 55 millions de dollars (environ 50 M€) dans ce que Sifted décrit comme le plus grand tour Seed jamais réalisé en Allemagne. Le tour est mené par Hummingbird, avec la participation de Northzone, LocalGlobe, Village Global et Redalpine.
Microagi ne construit pas de robots. Elle ne construit pas de modèles fondation. Elle construit ce que l'un et l'autre requièrent avant de pouvoir être industriellement utiles : la couche de données. Via sa plateforme Atlas, la société déploie des ingénieurs équipés de caméras frontales dans des usines et des ateliers de fabrication, capturant des séquences opérationnelles en première personne — tri, assemblage, contrôle qualité — qui servent ensuite à affiner des modèles robotiques pour des environnements industriels précis. Un volet grand public, lancé à New York et à San Francisco avec des programmes de nettoyage à domicile et de chef privé, vise à collecter des données en environnement résidentiel. Les 55 M$ financent l'expansion des deux activités et l'approfondissement des relations avec des clients industriels européens dans l'automobile, la logistique et l'agroalimentaire.
L'argument du déclin industriel européen
Kilic cadre explicitement sa démarche autour du recul compétitif de l'Europe. « En soixante ans, nous avons beaucoup délocalisé vers l'Est, et il y a des compétences que nous n'avons jamais vraiment maîtrisées en Europe, confie-t-il à Sifted. Nous avons perdu notre capacité à produire en interne, et avec elle, notre compétitivité-prix. » La trajectoire de l'aérodynamique F1 à la robotique industrielle est moins un changement de cap qu'une obsession constante : la performance physique de machines complexes sous pression concurrentielle.
Nussbaum décrit l'effet d'entraînement que la société cherche à construire. « Nous envoyons nos ingénieurs chez chaque client, et le système apprend de leurs opérations réelles, qu'il réinjecte dans la boucle suivante. Chaque mois que nous passons sur place, le client prend un peu plus d'avance sur ses concurrents. » La boucle de collecte de données dans le monde physique obéit à une économie différente de son équivalent logiciel : le coût de déploiement d'ingénieurs sur le terrain n'est pas trivial à l'échelle, ce qui rend les données collectées plus difficiles à reproduire — une contrainte et, si elle tient, un fossé défensif.
Un tour record, une jeune entreprise
À une dizaine de mois d'existence, Microagi lève à une échelle que la plupart des entreprises en Série A n'ont pas atteinte. Kilic ne survend pas le résultat. « C'est un milliardième de ce dont l'Europe a besoin », dit-il à Sifted. Ce cadrage est à la fois une forme d'humilité et un positionnement : le tour est imposant pour une Seed, mais modeste au regard de l'ambition — entraîner une génération de robots pour l'industrie européenne.
Le débat sur les calendriers de la robotique reste ouvert. À Machina, le grand rendez-vous sectoriel qui s'est tenu à Paris la semaine dernière, les estimations des investisseurs quant au moment où un robot humanoïde pourra accomplir une tâche courante de manière autonome allaient de un an à dix. Kilic prédit un robot capable d'une dizaine de tâches routinières d'ici un an — mais reconnaît que des opérations plus complexes, comme la plomberie, prendront bien plus longtemps. Quel que soit le calendrier retenu, la thèse de Microagi exige que les données existent avant que le matériel ne soit prêt. La fenêtre pour constituer le premier jeu de données propriétaire de l'industrie manufacturière européenne est, selon cette logique, ouverte maintenant.
Northzone et LocalGlobe sont tous deux actifs dans le deeptech européen. Village Global et Redalpine complètent un tour de table entièrement composé de fonds, sans investisseur industriel — un contraste notable avec le tour de Syntetica la semaine dernière, où des fabricants et des acteurs de la chaîne de valeur avaient ancré le capital aux côtés des VC.
Sources
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