Levées · Climat / Énergie
Epyr lève 15 M€ en Série A pour électrifier la chaleur industrielle européenne à grande échelle
Une start-up parisienne qui transforme l'électricité bon marché en vapeur industrielle à la demande pour les papeteries, usines agroalimentaires et sites chimiques — commercialisée en Heat-as-a-Service, sans investissement de la part du client.
“Les prix de l'électricité en France ont connu plus d'heures à prix nul ou négatif cette année qu'en 2025. L'électricité est la source d'énergie la plus propre et la moins chère dont dispose l'industrie européenne. Notre mission est de l'exploiter, et cette Série A nous en donne les moyens à grande échelle.”
Epyr (Paris) a bouclé une Série A de 15 M€ menée par SlateVC. Les investisseurs historiques AENU et Daphni, déjà présents au pré-seed, remettent au pot ; WEPA Ventures, OVNI Capital et Aurum Impact entrent au capital pour la première fois. La société a été fondée en 2024 par Léa Dardenne et Bastien Oggeri.
La technologie et le modèle économique
Le système Epyr est simple dans son principe, exigeant dans sa mise en œuvre. Pendant les heures d'électricité bon marché ou à prix négatif — une situation que les cofondateurs décrivent comme plus fréquente en France en 2026 qu'en 2025 — des résistances électriques pilotées par des algorithmes de smart control chauffent de l'air, qui chauffe à son tour des briques réfractaires stockant l'énergie à haute température. Ces briques la restituent ensuite sous forme de vapeur à la demande du process industriel.
La solution complète est commercialisée en Heat-as-a-Service : Epyr prend en charge la technologie, l'intégration système, le logiciel de gestion de l'énergie et, si nécessaire, le financement tiers. Les industriels paient la vapeur produite, pas l'équipement. Ce modèle contractuel transfère les risques financier et technique à Epyr et lève le principal frein à la décarbonation industrielle : l'investissement en capital.
Les secteurs ciblés — papier, agroalimentaire, chimie — sont de gros consommateurs de vapeur à moyenne et haute température, restés jusqu'ici sans alternative électrique compétitive. La conjonction d'une électricité renouvelable de moins en moins chère et d'un gaz durablement volatil fait basculer ce calcul plus vite que la plupart des modèles énergétiques ne l'anticipaient.
L'installation de référence et ce qu'elle prouve
La première installation commerciale d'Epyr a été mise en service sur le site papetier de WEPA Group à Troyes en mai 2026, moins de six mois après la signature du contrat. Elle assure désormais jusqu'à 25 % des besoins en vapeur du site. Andreas Krengel, membre du directoire de WEPA, a confirmé publiquement que « la première installation a démontré la valeur tant de la technologie que du partenariat ».
Cette référence pèse plus que le montant de la levée. Les acheteurs industriels dans les secteurs énergo-intensifs avancent lentement et exigent des preuves opérationnelles, pas des résultats de pilote. WEPA est un référentiel crédible — un grand fabricant européen de papier tissue, pas un site captif de démonstration. L'installation de Troyes a également permis à Epyr de décrocher le prochain projet chez Papeco, à Orval-sur-Sienne — qui, à 35 MWh, deviendra le plus grand projet de stockage thermique industriel de France — avec le soutien d'Energy Pool, spécialiste français de la flexibilité énergétique, depuis les études initiales jusqu'à l'exploitation.
Pourquoi maintenant
Sébastien Léger, cofondateur et GP de SlateVC, a mis en avant la taille du marché adressable, que le fonds chiffre à 100 Md€ pour la chaleur industrielle européenne. Ce chiffre traduit une réalité structurelle : la chaleur de process industriel est un marché large et durable qui n'a pas encore attiré les flux de capitaux allés vers le solaire, l'éolien ou même le stockage par batteries.
La Série A finance Epyr jusqu'à la livraison du projet Papeco et plusieurs autres déploiements en cours de développement commercial. Les cofondateurs identifient bien plus d'opportunités en France qu'ils ne peuvent en traiter simultanément ; le goulot d'étranglement des 18 prochains mois est la capacité d'exécution, pas le volume de pipeline.
Cette édition publie le dossier Epyr après qu'il avait été signalé dans le fil du 13 octobre et mis en attente le temps de rassembler les sources complémentaires nécessaires.
Sources
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