Levées · IA industrielle
La berlinoise Almetra lève 16 M€ en Série A pour rendre la vue aux usines grâce aux caméras et à l'IA
Plateforme d'intelligence industrielle dont les caméras dopées à l'IA observent les lignes de production et transforment la vidéo brute en données d'atelier structurées et en temps réel — temps de cycle, production, taux d'utilisation des machines — sans aucune intégration informatique.
“Les usines fabriquent tout ce qui nous entoure, et pourtant la plupart fonctionnent à l'aveugle. Les équipes de production savent qu'elles perdent de la capacité, mais ni où ni pourquoi. Nous leur apportons de la certitude plutôt que des conjectures.”
La berlinoise Almetra — la société d'intelligence industrielle anciennement connue sous le nom de Deltia — a levé une Série A de 16 millions d'euros (19 millions de dollars) menée par la firme transatlantique Blisce, rejointe par NAP, Merantix, Robin Capital, Underline Ventures et Critical Ventures. Le tour s'accompagne du changement de nom de Deltia en Almetra.
Des caméras plutôt que des capteurs
Le problème qu'attaque Almetra est celui avec lequel la plupart des usines vivent en silence : elles ne se voient pas clairement. Les équipes savent qu'une ligne tourne en deçà de sa capacité, mais déterminer où et pourquoi le temps disparaît suppose d'ordinaire un programme coûteux et lent de capteurs et d'intégrations informatiques greffés sur des machines vieillissantes.
L'approche d'Almetra est de s'en passer. Ses caméras dopées à l'IA observent la ligne de production et convertissent la vidéo brute en données structurées et en temps réel — temps de cycle, production, taux d'utilisation des machines — sans aucune intégration informatique. Le fondateur et CEO Maximilian Fischer résume crûment l'écart : « Les usines fabriquent tout ce qui nous entoure, et pourtant la plupart fonctionnent à l'aveugle… Nous leur apportons de la certitude plutôt que des conjectures. » Fondée en 2022 par Fischer et Silviu Homoceanu, la société compte aujourd'hui une quarantaine de salariés.
De l'observation à l'action
Une caméra capable de lire une ligne n'est que la première étape ; l'ambition plus large vient ensuite. Almetra veut passer d'un outil de mesure à une couche d'intelligence et d'automatisation — en utilisant les données captées pour piloter les décisions et, à terme, la robotique sur le terrain. C'est cette trajectoire, de voir à agir, que la Série A doit financer, aux côtés du développement produit et d'une poussée vers les États-Unis.
La liste des clients est la meilleure preuve que la thèse prend. Bosch, Siemens Energy et Aumovio — l'entité anciennement appelée Continental — sont déjà utilisateurs. Ce ne sont pas des pilotes en quête de nouveauté ; ce sont parmi les opérateurs industriels les plus exigeants d'Europe, et leur présence indique que la visibilité par caméra est traitée comme une véritable infrastructure plutôt que comme une expérimentation.
Le pari sous-jacent
Le pari est séquentiel : on ne peut pas automatiser ce qu'on ne mesure pas, et la plupart des usines ne savent toujours pas se mesurer à bas coût. En rendant l'étape de mesure quasi sans friction — pointer une caméra, sauter l'intégration —, Almetra se positionne pour détenir la couche sur laquelle tout l'aval, robotique comprise, devrait s'appuyer. Le risque est l'envers de l'opportunité : transformer l'observation en automatisation fiable est un problème bien plus difficile que lire une ligne, et c'est sur ce terrain que la prochaine phase se gagnera ou se perdra.
Sources
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